Le skipper de Spindrift 2 déterminé à 48 heures du départ de La Route du Rhum
  • Maxi Spindrift 2
31 octobre 2014

Quelques minutes suffisent pour constater la profonde détermination de Yann Guichard à deux jours du départ de La Route du Rhum-Destination Guadeloupe. L’impressionnant soin du détail dans la préparation de Spindrift 2 en dit long aussi sur le travail accompli par l’équipe depuis presque un an, lorsque cette course en solitaire a été mise au programme de l’écurie Spindrift racing. Du puzzle, il ne manquait plus que la pièce météo. Une pièce maitresse dont les contours connus à ce stade permettent de dégager des premières certitudes. La journée de dimanche 2 novembre à Saint-Malo s’annonce très compliquée en raison d’un passage de front prévu au moment du départ, accompagné d’un vent soutenu, ce qui peut être compliqué pour l'ensemble des concurrents avec des centaines de bateaux spectateurs. La sécurité est au centre du dispositif de Spindrift racing qui anticipe depuis plusieurs mois notamment ces quelques heures particulièrement délicates.


Alors que la température est encore estivale à Saint-Malo, Yann Guichard fait le point :


Le coup d’envoi : « Le départ s’annonce vraiment complexe avec ce front prévu autour de 14 heures. S’il passe effectivement à cette heure là, on va se retrouver face au vent dans 20/25 nœuds en rafale avec peut-être deux virements de bord à enchaîner pour rejoindre la bouée de Fréhel. Ce sera avec du vent de terre donc il n’y aura pas trop de mer, par contre, il y aura celle formée par tous les bateaux sur le plan d’eau. Nous espérons que le front aura du retard car, dans ce cas là, ça passerait sur un bord. »

Dispositif de sécurité : « Spindrift 2 sera entouré de six tenders (semi-rigides) pour assurer sa sécurité et celle des bateaux autour car nous attendrons le départ en stand-by dans une zone où il y aura des spectateurs. »

Huit à bord : « A bord, je serai épaulé par huit équipiers durant cette phase de pré-départ, des personnes en qui j’ai une totale confiance. L’idée est que je me dégage de la pression au maximum même si je sais que ça va être compliqué mais l’objectif est que j’y laisse le moins d’influx nerveux possible. Xavier Revil aura la responsabilité du bateau jusqu’à ce que je sois seul, à l’approche du coup d’envoi. Cela me permet de me concentrer sur la stratégie et d’échanger entre autres avec mes routeurs. »

La Manche et après ? : « Après le front le vent va légèrement mollir avant de forcir pour atteindre 30 noeuds moyens en rafale en sortie de Manche avec 3 à 4 mètres de houle. La difficulté sera d'entrer en Atlantique avec le bateau à 100% de ses capacités. Je suis mentalisé pour ce type de départ finalement assez ‘classique’ de Route du Rhum et j’y suis préparé. Ensuite, on sait au moins que la route Sud n’est pas fermée et semble aujourd’hui la plus rapide mais ça change encore pas mal. La cadence restera élevée et propice aux gros bateaux. On va pouvoir accélérer avec Spindrift 2. En revanche, le vent froid amènera beaucoup d’instabilité. Nous devrions quand même glisser vite avec 30 nœuds de vent prévus jusqu’à Madère. L’alizé ne semble pas, ensuite, très soutenu pour l’instant, ce qui peut ouvrir le jeu. »

L’imagerie mentale : « Je n’ai pas de rituel. Un bon plat de pâtes avant le départ me suffit. Par contre, je pratique beaucoup l’imagerie mentale. Surtout sur des phases comme ce début de course. Je me fais tous les scénarios possibles, les bons comme les mauvais, pour être prêt s’il y a un problème. Je me pose au calme et, dans ma tête, je fais un virement de bord, un empannage, je vois là où je dois mettre les mains, les pieds et surtout ce que je ne dois pas faire. »

L’émotion : « Je ne cache pas que la pression commence à monter mais je ne suis pas plus stressé que ça. Je dors bien et je profite du moment. Beaucoup de gens croient en ce projet mais d’autres moins, alors j’ai forcément envie de leur donner tort. »

La relation avec Spindrift 2 : « Je me suis toujours senti proche de mes bateaux mais d’autant plus avec celui-là parce que le défi est tellement grand que je dois lui faire encore plus confiance. Je ne lui parle pas mais j’en prends soin. On relève ce challenge ensemble, prendre soin de mon bateau me permet d’avoir confiance en lui. »

Chronologie du départ pour Spindrift racing :

Samedi 1er novembre :
15 heures : le maxi-trimaran Spindrift 2 quitte le ponton de la Gare Maritime de la Bourse à Saint-Malo.
Autour de 17h30 : le bateau sera amarré au mouillage devant Dinard, prêt à rejoindre la zone de course le lendemain.
Durant la nuit, les membres de l’équipe technique se relaient à bord pour veiller sur le bateau.

Dimanche 2 novembre :

7h : briefing de l’équipe technique.
Autour de 10h : départ du mouillage pour rejoindre la zone de départ située devant la Pointe du Grouin.
Mise en configuration du bateau et préparation du départ sur le plan d’eau.
Les équipiers doivent avoir débarqué au maximum 4 minutes avant le coup d’envoi programmé à 14 heures.

Les routeurs de Spindrift racing :

En solitaire à bord de Spindrift 2, Yann Guichard fait équipe avec deux routeurs à terre dont le rôle est de veiller sur lui et le bateau mais surtout de décortiquer l’ensemble des informations météo afin de l’aider dans sa stratégie. L’exigence du bateau ne lui permet pas de passer du temps à la table à cartes. Le travail d’analyse est donc fait à terre et des options de route lui sont conseillées. Yann décide ensuite de ce qu’il lui semble le plus optimal. Le skipper collabore avec le météorologue Richard Silvani de Météo France et routeur professionnel depuis une quinzaine d’année. Il a notamment été le routeur de Laurent Bourgnon, double vainqueur de La Route du Rhum. Yann est aussi épaulé par le régatier Erwan Israël qui apporte non seulement sa connaissance météo mais aussi son expérience de marin, lui qui a notamment remporté la Volvo Ocean Race avec Franck Cammas en 2012 et battu l’année suivante le Record de la Route de La Découverte avec l’équipage de Spindrift 2.

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