De l’électricité dans l’air
  • Maxi Spindrift 2
08 novembre 2014

A moins de 1'000 milles de l’arc antillais, les grains dictent leur loi à bord des deux grands trimarans en tête de La Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Sous de grosses formations nuageuses, le vent prend des tours, oscillant du Nord-Est au Sud-Est et variant de 5 à 15 nœuds en quelques minutes. Seul pour gérer la situation à bord de Spindrift 2, Yann Guichard y passe une énergie folle pour éviter que la machine ne s’emballe. Dans ces conditions, impossible pour lui de réduire à temps la voilure, il s’écarte plutôt du vent pour temporiser, ce qui lui demande ensuite de longs efforts pour remettre sa monture sur la route. Attendu dans plus ou moins 48 heures dans le Nord de la Guadeloupe dont il devra ensuite faire le tour par l’Ouest, le skipper de Spindrift racing garde la cadence malgré cette instabilité, tyrannique pour les nerfs et les muscles.

A Pointe-À-Pitre, 70 millimètres d’eau de pluie sont tombés cette nuit. L’alerte jaune est décrétée et le village de course attend l’accalmie pour ouvrir. Cet épisode orageux devrait être terminé demain et tout sera fin prêt pour l’arrivée des premiers bateaux dans la nuit de dimanche à lundi, heure locale, c’est à dire lundi dans la matinée, heure de Paris (estimations encore à affiner). Avant cela, les marins ont fort à faire. “Il y a pas mal de zones orageuses dans l’alizé,” expliquait Yann à la mi-journée. ”Ce matin, je suis passé de 15 à 0 nœuds en quelques secondes. J’ai pris la trinquette et le gennaker à contre. Je vous laisse imaginer le travail que cela m’a demandé après pour remettre le bateau sur des rails.

Des grains sur la route
En théorie, la situation semble simple,” affirme Richard Silvani de Météo France, l’un des deux routeurs de Spindrift racing. “On devrait avoir un vent d'alizé bien établi et donc une trajectoire rectiligne vers la Guadeloupe, dans un flux d’Est de 13 à 18 nœuds. La réalité est toute autre car il faut composer avec les nombreux grains parsemés sur la route qui parasitent énormément le vent, en force comme en direction.”

Malgré une nuit quasiment blanche de sommeil comme en gain sur le leader, Yann affiche un moral au beau fixe : “Je n’ai pas beaucoup dormi pour allumer à la barre et gagner du terrain sur Loïck (Peyron, à 170 milles) mais tout ce que j’ai réussi à lui reprendre s’est évaporé dans les grains. Sinon, tout va très bien à bord de Spindrift 2 et je n’ai aucun ‘bobo’ à déplorer !

Une approche compliquée
Rallier la Guadeloupe, ne sera pas de tout repos non plus. Toute la façade Est de l’ile est quasiment interdite en raison des filets intervenants dans la limitation des pêches. Il y a des périmètres clairement identifiés et d’autres plus flous. En fonction de ces zones proscrites et du vent, il va falloir, ou pas, effectuer d’ici là un bord de recalage pour optimiser la trajectoire vers l'Ilot de la Tête à l’Anglais. Cette marque de passage obligée, au Nord de Basse-Terre, se situe à une cinquantaine de milles de la ligne d’arrivée et doit être laissée à bâbord.

Les concurrents auront ensuite à passer sous l’île et laisser la bouée de Basse-Terre à tribord. Celle-ci est distante d’à peine 500 mètres de la côte, ce qui implique des manœuvres extrêmement délicates là où l’air s’évanouit sous le volcan de la Soufrière qui culmine à 1'467 mètres. Viendra enfin le canal des Saintes, un entonnoir où généralement le vent reprend du coffre d’un seul coup pour un dernier sprint vers le finish à Pointe-À-Pitre.

Autant dire que ces quelques heures qui pourraient vraisemblablement se dérouler de nuit finiront de puiser dans les ressources des marins dont le plaisir d’en finir devrait se lire sur les visages. “Je continue à mettre du rythme pour avoir toujours la bonne voilure et attaquer,” confiait enfin l’homme de Spindrift 2 ce midi, avant d’ajouter : “A Pointe-À-Pitre, je serai fatigué mais très heureux d’arriver.

 

Classement des concurrents de la Classe Ultime à 16h00 (HF) :

Position / distances / vitesse instantanée
1 – Banque Populaire VII, Loïck Peyron, 667,2 milles de l’arrivée, à 18,5 nds
2 – Spindrift 2, Yann Guichard, à 207,4 milles du leader, 19,3 nds
3 – Prince de Bretagne, Lionel Lemonchois, à 335,5 milles, à 28,4 nds
4 – Edmond de Rothschild, Sébastien Josse, à 381,2 milles, à 21,8 nds
5 – Musandam Oman Sail, Sidney Gavignet, à 462,8 milles, à 21,3 nds
5 – Idec sport, Francis Joyon, à 526,9 milles, à 22,1 nds
7 – Paprec Recyclage, Yann Eliès, à 674,2 milles, à 24,5 nds
8 – Sodebo Ultim’, Thomas Coville, Abandon