Se méfier de la douceur des tropiques
  • Maxi Spindrift 2
07 novembre 2014

Si la température de l’air et celle de l’eau sont des plus agréables et que tout semble n’être que vitesse sur un billard bleu turquoise, il faut se méfier des conditions alizéennes. Même en short et t-shirt, les skippers vivent des heures à haute tension. D’une vingtaine de nœuds moyens maintenant, le flux de nord-est s’est intensifié et semble s’être enfin stabilisé. Les grains se sont évacués et Yann Guichard a aussi bien négocié une petite zone de ‘molle’ la nuit dernière. A la faveur de deux empannages enchaînés sous la pleine lune, le skipper de Spindrift 2 a dessiné une trajectoire rapide et efficace. Toujours deuxième à 1,400 milles du but, le trimaran Spindrift 2 a même repris un peu de terrain sur Loïck Peyron qui, en éclaireur, va devoir prendre les bonnes décisions pour contenir des poursuivants affamés.

“Je ne sais plus trop quel jour de mer nous sommes, le sixième, je crois," s’interroge Yann dans sa dernière vidéo du bord. En effet, les marins et d’autant plus ceux qui naviguent en solitaire, vivent en priorité au rythme du bateau comme des conditions météo, ce qui finit par brouiller les repères de jours et des heures qui deviennent finalement secondaires. “Je suis à 24-25 nœuds de vitesse sur un bateau à 100% de son potentiel, ce qui est très positif," ajoute-t-il. “Il faut vraiment limiter les manœuvres maintenant que le vent a forci pour éviter de faire des bêtises.”

La course aussi à terre
Les routeurs de Yann qui se relaient jour et nuit ont ce rôle de vigie, proposant au skipper une hiérarchie des priorités dont il dispose ensuite. Dans leur QG de Carnac, Richard Silvani, de Météo France, et Erwan Israël partagent chaque minute de cette transat. “Au début, je ne dormais pas assez et j’oubliais même de manger, tellement j’étais focalisé sur la course," confie Erwan. “Avec son expérience, Richard m’a aidé à trouver le bon rythme car, nous aussi, nous devons tenir la distance." Ce régatier, qui connaît bien Spindrift 2 à bord duquel il navigue en records, mesure parfaitement l’ampleur de la tâche pour Yann : “Nous avons décidé de manœuvrer cette nuit pour éviter cette bulle qui aurait pu nous faire perdre beaucoup,” explique-t-il. “Et Yann a répondu présent, une fois de plus. Il est à fond ! Nous demandant de le prévenir à la moindre variation du vent pour réagir au quart de tour. C’est au près dans le Golfe de Gascogne qu’il m’a le plus impressionné, gardant le pied sur l’accélérateur malgré des conditions éprouvantes. Cela a payé puisqu’il a accroché cette deuxième place qu’il ne lâche plus depuis.”

Le team veille 24/24h de part et d’autre de l’Atlantique
Les météorologues ne sont pas les seuls à passer des nuits hachées. Chacun des membres de l’écurie épaule le skipper selon sa spécialité. Dona Bertarelli dirige les opérations, maintenant un lien entre l’équipe à terre et Yann, jaugeant en permanence l’état d’esprit du skipper et anticipant ses besoins. Leo Lucet, Directeur Executif de Spindrift racing est l’un des pivots du dispositif s’occupant de toute la logistique pour le bon fonctionnement d’un défi de cette taille. D’un point de vue technique, les bateaux souffrent après bientôt une semaine de mer. Yann doit aussi assurer, seul, la maintenance de ce maxi trimaran hors normes. Pour cela, Antoine Carraz, responsable technique de Spindrift 2, doit trouver en un lapse de temps raisonnable des solutions pour aller droit au but et maintenir le bateau au mieux de sa forme, sans que le skipper y passe plus de temps que nécessaire.

En approche de l’arrivée, les équipes ont déjà commencé à rejoindre Pointe-à-Pitre. Organisée depuis des mois, cette transition se fait en plusieurs vagues afin que Yann puisse avoir toujours la bonne personne en veille, 24 heures sur 24 !

Le clignotant au bon moment
Loïck Peyron et Yann Guichard se suivent sur un long bord tribord dans la courbure de l’anticyclone des Açores. Ils empanneront dans quelques heures pour glisser ensuite sur un long bord bâbord, cette fois, en direction de l’arc antillais et de la Guadeloupe. S’il n’y pas de grands coups tactiques à attendre, chacun des skippers va devoir déclencher au bon moment, Banque Populaire VII ayant l’avantage d’être en position de contrôle. Dans leur sillage, Lionel Lemonchois a choisi de tirer au sud, afin de toucher au plus tôt cet alizé soutenu, quitte à allonger la route. Il est rejoint actuellement par Sébastien Josse. Si les deux leaders semblent, pour l’heure, hors d’atteinte, les deux chasseurs jouent leur va-tout, conscients que ‘l’atterrissage’ sur ‘l’île papillon’ peut toujours réserver des surprises.

 

Classement de la classe Ultime de 18:00 FR :
1. Loïck Peyron / Banque Populaire VII, distance au but 1245,5 nm
2. Yann Guichard / Spindrift 2, DTL 126,21 nm
3. Lionel Lemonchois / Prince de Bretagne, DTL 271,83 nm
4. Sébastien Josse / Edmond de Rothschild, DTL 314,22 nm
5. Sidnez Gavignet / Musandam - Oman Sail, DTL 399,26 nm
6. Francis Joyon / Idec Sport, DTL 427,14 nm
7. Yann Elies / Paprec recyclage, DTL 573,97 nm