Passage à niveau dans l’Ouest des Canaries, Spindrift 2 maintient sa position
  • Maxi Spindrift 2
05 novembre 2014

Derrière la tempête des premiers jours, l’ambiance a radicalement changé pour la Classe Ultime en ce troisième jour de Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Après Madère, les géants de la flotte approchent désormais de la latitude des Canaries. Si l’alizé est là, il est très, voire trop, faible. Et depuis la mi-journée, Spindrift 2 négocie une bulle anticyclonique avec ses proches concurrents. Passé juste avant ce coup de frein, Loïck Peyron a pris la poudre d’escampette, creusant l’écart avec Yann Guichard, toujours deuxième à 145 milles.

Les écarts de vitesse sont à l’image de la taille de ces multicoques : extrêmes. Après du gain au Sud-Sud Ouest à 25/30 nœuds, 6 des 7 trimarans ultimes encore en course ont nettement ralenti ces dernières heures, à l’exception du leader, lancé dans son échappée solitaire.

Hisser seul une voile de 200 kilos.
En plus des ris dans la grand-voile, pris et relâchés régulièrement depuis le début de la course, Yann est aussi passé de l’ORC (dans le plus fort du vent), à la trinquette hier puis au gennaker ce matin. Compte tenu de la taille de Spindrift 2, ces manœuvres mettent le skipper à l’épreuve mais il le savait, il s’y était préparé et a réussi à mener son maxi dans des conditions extrêmes. “Cette nuit, j’ai passé quatre heures pour établir toute la voilure,” expliquait-il à 14 heures. “Le gennaker était forcément plein d’eau après trois jours de météo musclée et pesait au moins 200 kilos. Il a fallu le déplacer sur le filet, lui faire passer le bras avant, le hisser puis le dérouler. J’ai tout vérifié deux fois pour ne pas faire d’erreur et ça s’est bien passé. Maintenant, il est en l’air et devrait y rester un moment !”

Jamais été aussi loin
Une fois le bateau bien réglé dans des conditions plus calmes mais aussi plus sèches, le skipper a enfin pu récupérer. “J’ai bien dormi cette nuit, enchaînant plusieurs tranches de 30 minutes de sommeil et ça va mieux. Depuis le départ, je me force à manger pour garder de l’énergie mais j'ai vraiment très peu dormi. A tel point que si l’adrénaline ne suffisait pas pour tenir, je faisais sonner mon réveil toutes les cinq ou dix minutes pour me garder toujours en éveil." En effet, les vitesses moyennes tenues par les skippers malgré la météo ont poussé les organismes comme jamais dans leurs retranchements. “Avec un tel plateau sur cette édition, nous nous attendions à ce que la cadence monte encore d’un cran. S’il y a moins de stress à bord de Spindrift 2 que sur d’autres bateaux plus volages, je n’ai par contre jamais été aussi loin dans la dette de sommeil et l’engagement physique. Ce n’est pas terminé car nous ne sommes pas encore à mi-chemin. Et comme l’alizé n’est pas stable, il va falloir encore manœuvrer pour rester dans le couloir de vent.”

Dans la bulle 
En effet, l’autoroute des Antilles n’est pas pour toute de suite. Une excroissance de l’anticyclone des Açores s’est formée environ 300 milles dans les Nord-Ouest des Canaries, entrainant un net ralentissement à la fois pour Yann mais aussi pour Francis Joyon, Sébastien Josse et Lionel Lemonchois. Ces derniers enchaînent les empannages dans une douzaine de nœuds de Nord-Nord Est. Difficile d’estimer le temps nécessaire pour sortir des griffes de l’anticyclone, ni l’avance qu’aura alors accumulée le leader. “Je ne pense pas que l’on voit Loïck de si tôt. Il a réussi à passer juste à temps.”

Ce n’est pas fini
Comme l’annonçaient les prévisions avant le départ, l’alizé restera perturbé en direction de Pointe-à-Pitre. Terminés les bords ‘speed test’, place aux trajectoires fines et aux empannages pour lesquels les choix devront être bien inspirés afin d’optimiser le gain réel sur la route. “Je fais confiance à mes routeurs pour limiter le nombre de manœuvres,” ajoutait enfin le skipper. “Je fais ma course sans me soucier trop des uns et des autres. J’ai beaucoup de choses à faire à bord pour gérer Spindrift 2. C’était la première fois que nous faisions autant de près dans une mer aussi hachée car cela n’arrive jamais sur les records qui se jouent au portant. Et en équipage, il y a toujours quelqu’un pour surveiller ça et là, ou sortir un tournevis. Ce matin, j’ai fait un tour complet du bateau, il est vaste et ça prend du temps !”

Classement des concurrents de la Classe Ultime à 16h00 (HF) :
Position / distances / vitesse instantanée

1 – Banque Populaire VII, Loïck Peyron, 2 268 milles de l’arrivée, à 26,9 nds
2 – Spindrift 2, Yann Guichard, à 148,9 milles du leader, 22,3 nds
3 – Idec sport, Francis Joyon, à 195,9 milles, à 14,5 nds
4 – Edmond de Rothschild, Sébastien Josse, à 203,1 milles, à 15,2 nds
5 – Prince de Bretagne, Lionel Lemonchois, à 217,3 milles, à 13,6 nds
6 – Musandam Oman Sail, Sidney Gavignet, à 244,8 milles, à 14,9 nds
7 – Paprec Recyclage, Yann Eliès, à 307 milles, à 16,6 nds
8 – Sodebo Ultim’, Thomas Coville, Abandon