Out of the Classroom
Les icebergs et l’imagerie satellite

 

 

Par  Dona Bertarelli

Je tiens à remercier toutes les écoles partenaires, en France comme en Suisse, et les quelques 2'000 élèves qui nous suivent. Autant que possible, je vais répondre à vos nombreuses questions tout au long de ce voyage autour du monde, où l’on va ensemble, découvrir les merveilles de notre monde.
Avec tout l'équipage de Spindrift 2 et au fil de nos observations, de nos rencontres avec la faune marine mais pas seulement, les îles et péninsules qui croiseront notre route, les phénomènes climatiques, les oiseaux et les étoiles qui nous accompagneront tout le long de notre route, nous vous ferons vivre l’aventure tel Phileas Fogg dans le livre de Jules Verne. 

 

 

Question de l’école du Petit-Paris, Brest (France)

Lorsque nous nous sommes lancés dans le défi du Trophée Jules Verne, nous savions que notre route nous amènerait à naviguer très au Sud du globe, au niveau des 50ème Hurlants, là où dérivent icebergs et growlers.

Un iceberg est un morceau de la banquise qui s’est détaché. Les raisons peuvent être multiples mais les scientifiques s’accordent à dire que le réchauffement climatique et la fonte des glaces en sont les principales causes. La NASA (National Aeronautics and Space Administration) et l’Université de Californie expliquent dans l’étude qu’ils ont publiée en mai 2014 dans la revue Science, que la partie Ouest de l’Antarctique fond rapidement et son déclin est irréversible.

Un iceberg est constitué de 90% d’eau douce. Les couches supérieures peuvent être de la neige jamais fondue, mais son cœur est fait de glace très dure et tranchante, pouvant dater de 150 000 ans. Seulement un tiers de sa surface est visible alors que le reste est immergé sous l’eau. Lorsqu’un iceberg se détache, il est accompagné de multitude fragments de glace, pouvant atteindre plusieurs tonnes, appelés growler.

En février 2010, le National Ice Center qui suit l’évolution des icebergs en Antarctique, a détecté 37 icebergs géants. Le plus grand jamais détecté s’est détaché de la barrière de Ross en 2000 et mesurait initialement 11 000km2.

Les icebergs peuvent ainsi dériver pendant des années avant de fondre. Ils peuvent tourner plusieurs fois autour de l’Antarctique en cercle toujours plus large. C’est ainsi que lors de notre passage dans l’océan indien, nous avons croisé un iceberg de 2km de superficie au niveau des 47ème degrés. D’autres, de plus petites tailles, de 100m à 400m, se trouvaient au 51ème degrés.

“Bientôt vinrent ensemble et la brume et la neige ;
Il fit un froid prodigieux ;
Et, plus hauts que le mât, autour de nous flottèrent, de monstrueux glaçons, verts comme l'émeraude.

Les falaises de neige, à travers les rafales,
Sur les flots renvoyaient une clarté sinistre ;
Point ne rencontrions forme humaine ou de bête,
de la glace, de tous les côtés, nous entourait.

La glace était ici, la glace était là-bas,
la glace s'étendait, livide, à l'infini ;
Elle craquait, criait, et grondait et hurlait,
tels les bruits qu'on entend lorsqu'on s'évanouit !”

Extrait de "Le dit du vieux marin”  (en sept parties) de Samuel Taylor Coleridge

Plusieurs mois avant notre départ pour ce tour du monde, nous nous sommes adjoins les services d’une société spécialisée pour détecter les icebergs, la société CLS (Collecte Localisation Satellites), expert mondial dans le domaine.

J’ai donc demandé à Vincent Kerbaol, Directeur des applications radar et responsable du site CLS de Brest, de nous expliquer leur travail.

Pour bien comprendre notre métier, il faut préciser que notre société, CLS, est spécialisée dans l'exploitation des systèmes satellitaires (plus de 80 instruments à bord d'une 40aine de satellites) et la fourniture de services avec ces systèmes.

Les plus anciens connaissent de CLS, le système ARGOS qui fit parler de lui dans les années 80 pour suivre les aventuriers ou les flottes de navires pendant les courses de voiles. Le système ARGOS est d'ailleurs largement utilisé aujourd'hui pour la science et le suivi des animaux marins ou terrestres.

CLS est aussi, par exemple, l'opérateur historique des altimètres (TOPEX, POSEIDON, JASON,...) qui mesurent le niveau moyen des océans à l'échelle de toute la planète et ce depuis plus de 20 ans. Ce sont ces mesures qui permettent aux scientifiques du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) d'affirmer que le niveau des mers augmente au rythme de 3,3 mm/an.

Aujourd'hui, CLS exploite quotidiennement trois grandes catégories de satellite: des satellites de localisation qui permettent de suivre des mobiles (animaux, bateaux, bouées, etc), des satellites d'observation de la Terre pour la mesure du niveau des océans, de la houle, du vent, de la température, des courants, etc, et enfin des satellites imageurs haute résolution pour détecter des pollutions, des navires ou encore... des icebergs.

Pour la surveillance des glaces, nous utilisons l'imagerie satellite radar haute résolution. La technologie radar nous permet d'observer la surface de la mer, de jour comme de nuit et ce, quelque soit la couverture nuageuse. Nous choisissons les images satellite radar les plus grandes qui existent, soit 500 km x 500 km. Leur résolution spatiale de 100m nous permet de détecter les icebergs de cette taille pour les plus petits. Bien sûr lorsque l'on détecte des "petits" icebergs de cette taille, il faut s'attendre à en trouver d'autres plus petits à proximité.

Mais si une telle couverture de 500 km x 500 km peut paraitre immense, ce ne sont que des timbres postaux dans l'immensité des mers du Sud. C'est pourquoi, nous utilisons d'autres sources d'informations pour affiner nos connaissances sur la présence des icebergs:

- Les altimètres, conçus pour mesurer le niveau moyen de nos océans, sont sensibles à la présence d'un iceberg lorsque l'un de ceux-là vient à passer dans le faisceau d'un altimètre. Les altimètres observent tous nos océans mais n'ont hélas pas la précision et la finesse de l'imagerie radar.

- Nous regardons aussi les données des satellites mesurant depuis l'espace la température de l'eau qui est un autre excellent indicateur de présence de glace.

- En dernier ressort, lorsque le risque se précise sur une zone, alors nous programmons les satellites radar imageurs pour scruter la surface à la recherche des icebergs."

C’est ainsi que depuis le Cap de Bonne Esperance et notre entrée dans les mers du sud, CLS nous a notifié la présence de 34 icebergs de diverses superficies. Grâce à ces données très précises, nous avons pu choisir notre route, pas tout le temps au bénéfice de la performance, mais à celle de la sécurité.