JOUR 30
21.12.15

11:26 GMT

Can you believe that #Spindrift2 is at just few miles from the @Space_Station now! Good luck for the #spacewalk! pic.twitter.com/GJ0uuQYZ2N

— Spindrift racing (@spindriftracing) 21 Décembre 2015

11:15 GMT

MESSAGE DU BORD 

59 degrés 56 minutes Sud. Ce sera la latitude la plus Sud de ce Trophée Jules Verne pour Spindrift 2 et son équipage. A 3,6 milles des soixantièmes Sud pour être exact, ce qui donnera une bonne raison de revenir, pour ceux qui souhaitaient passer la fameuse limite. 

Une latitude très Sud que le maxi-trimaran a frôlé le jour du solstice d’été. De fait, il n’y a quasiment pas de nuit. De la pénombre pendant une petite heure tout au plus. Cela rend la vie un peu plus facile aux barreurs qui bénéficient d’une visibilité correcte pour anticiper la progression du trimaran dans une mer difficile, formée, mais pas très ordonnée. Des conditions rugueuses donc, puisque le vent a approché les 35 nœuds, avec des rafales à 40 durant une bonne partie de la journée, le tout sous des températures polaires. Un quart a même eu le droit à quelques petites averses de neige. De saison... 

L’approche du Cap Horn s’annonce complexe. Spindrift 2 et son équipage vont devoir traverser un front, puis le dépasser. De nombreuses manœuvres en perspective et une progression quelque peu ralentie, avant d’entamer une ultime glissade vers le fameux rocher qui marquera la fin des mers du Sud, de l’océan Pacifique et le retour en Atlantique.

10:55 GMT

Découvrir la vidéo : Réparations dans le Grand Sud

10:50 GMT

Spindrift for schools - out of the classroom
par Dona Bertarelli

Les monts sous-marins et les jardins de corail​

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10:40 GMT

​Bulletin météo de Jean-Yves BERNOT

Comme un Lundi

Après une belle journée de Pacifique sud avec vent fort et conditions toniques, Spindrift 2 est de nouveau confronté à du temps variable et des trajectoires compliquées. Une vieille dépression traine le long de la Péninsule antarctique dans laquelle circulent des fronts froids secondaires.

Le 21 décembre, 00 utc

On voit se dessiner le scénario connu : trajectoire délicate dans du vent variable et vent plus fort qui arrive par l’arrière. Agaçant. Spindrift 2 n’arrive pas à capitaliser son avance.

Donc, on (je…) maudit la terre entière et tiens, pourquoi ne pas s’en prendre à El Niño que l’on nous dit s’installer dans le Pacifique équatorial.

On appelle El Niño une anomalie climatique se produisant tous les 3 ou 5 ans, rencontrée sur les côtes du Pérou et du Nord du Chili, transformant une région aride bordée par des eaux fraîches en région pluvieuse bordée par des eaux chaudes, avec toutes les conséquences environnementales que l’on imagine : mortalité des espèces locales comme les anchois sur lesquelles reposent une grande partie de l’économie locale, ravinement par les pluies, etc… L’impact sur les populations locales et l’économie régionale est désastreuse.

Ce phénomène, qui n’est pas nouveau, a toujours été connu des populations locales. Il avait été rapporté par les conquérants espagnols qui lui ont donné son nom « l’enfant » en référence à sa survenue au moment de Noël. On doit à Jacob Bjerknes le fait d’avoir su, dans les années 1969, relier El Niño à une oscillation de pression mise en évidence dans les années 1930 par Sir Albert Walker, appelée « oscillation australe » (Southern Oscillation). Ce n’est que récemment (dans les années 1980) que l’on a compris la puissante interaction océan-atmosphère qui en est la cause. On parle maintenant d’événement ENSO (El Niño Southern Oscillation).

A un évènement El Niño sur les côtes péruviennes et Nord chiliennes correspond une forte sécheresse côté Indonésien et Australien, souvent synonyme de feux de forêts en Indonésie (les brûlis sur forêt utilisés en agriculture traditionnelle ne sont pas éteints par les pluies) et de feux de savane en Australie.

Vous trouverez de nombreuses informations sur Internet, par exemple : http://www.ifremer.fr/lpo/cours/elnino/ et http://www.pmel.noaa.gov/tao/elnino/nino-home.html.

La situation générale est sèrieusement modifiée dans la zone équatoriale du Pacifique : 

La cellule de Walker (circulation le long de l’équateur) régule les précipitations de chaque côté du Pacifique équatorial. Dans un épisode El Niño, la cellule de Walker est décalée et affaiblie, ce qui entraîne une faiblesse des alizés côté américain et la présence de vents d’Ouest côté indonésien. Les précipitations sur la côte d’Amérique du Sud sont dues au réchauffement de l’eau côtière qui favorise la convection. Dans le Pacifique central, les ascendances favorisent la formation de cyclones tropicaux, dans une position anormalement Est.

Les conséquences de El Niño se font sentir dans tout le Pacifique et même au-delà. C’est ce qu’on appelle les téléconnections. Les mécanismes n’en sont pas toujours connus et les temps de latence entre El Niño et ces effets à distance demande à être précisé : on évitera donc d’attribuer à El Niño tout et son contraire… 

Et pour nos navigateurs ? Le Pacifique sud n’est impacté qu’indirectement. Lors des années El Niño, les dépressions tropicales du Pacifique sud sont plus nombreuses et surtout leur trajectoire affecte le Pacifique central et le voisinage de Tahiti, ce qui n’est pas le cas habituellement. Ces dépressions peuvent avoir la fâcheuse idée de vouloir se recycler dans le flux d’ouest où elles se feront connaître comme des dépressions creuses difficiles à gérer.

Voici la prévision pour le 23 décembre : le milieu du Pacifique sud est bien bouché. 

Heureusement que Spindrift 2 sera en Atlantique. Donc, on s’en sort bien et je remets ma mauvaise humeur au vestiaire.

En Atlantique sud, on n’a pas constaté d’impact majeur sur le régime de vents de surface au large, même si les années El Niño amènent une sécheresse malvenue sur le Nordeste Brésilien.

En Atlantique nord, les implications d’El Niño sont plus diffuses (et moins bien connues) : on retient que la saison cyclonique (juin à fin octobre) est moins active que d’habitude.

09:30 GMT

Message de Xavier Revil, résumant la traversée de l'océan Indien et du Pacifique :
 

Bonjour à toutes et à tous. 

Nous allons bientôt quitter l’océan Pacifique. L’accueil y fut enfin fidèle à sa réputation : 35 nœuds de vent, une bonne grosse houle et des Albatros géants qui la surfent. 

Je dis enfin car l’Indien avait été long et compliqué. Il nous a même abimé un foil mais il en faut beaucoup plus pour espérer décourager notre MacGiver du bord, Antoine (Carraz). Il est allé s’enfermer plusieurs heures dans le flotteur pour consolider le tout. Et vu les bons qu'on faisait avec le bateau, il y a laissé un paquet d'énergie. Chapeau Monsieur !

En gros, l’Indien avait commencé par une série d’empannages dans une eau super froide (1 à 3 degrés). Il faisait frisquet sur le pont. On a sorti quasiment toute la collection automne-hiver en terme de vêtements. Pour résumer, 16 empannages jusqu'aux Kerguelen puis un long bord bâbord sous gennaker coincé derrière la dorsale. Sacrée dorsale, elle nous a bloqué ensuite pendant cinq jours et a permis à Idec de revenir à égalité. Le break est annulé, 1 partout, la balle au centre, nouveau départ aux portes du Pacifique.  

Aller, on oublie l’Indien et on se dit que la suite va être bien. Mais après un début digne de ces contrées, la météo se complique à nouveau. Ça ne va pas être les grandes glissades sur la houle avec deux ris et le petit gennaker. Va falloir être malin pour trouver la bonne route. 

On a quand même eu des heures de vrai Pacifique et ça, c’est vraiment beau. Même sans foil, c’était à la mesure du bateau. Ça part sur la pente de la vague, ça accélère et l’étrave de la coque centrale vient exploser la vague qui précède. Et le bateau passe en force, pont avant recouvert d’écume, pour repartir sur la suivante. C’est magique. J’espère que notre média man a immortalisé cette puissance développée par le bateau. 

La traversée du Pacifique a aussi été marquée par IDEC qui sort de la brume pour croiser quatre milles derrière. On a passé la journée bord à bord à vue. C’est assez incroyable de se retrouver ainsi à l’autre bout du monde, aussi proches. 

Ensuite, la météo plutôt tranquille a rendu la vie à bord plus simple. Ça bouge peu, donc on dort bien...du moins moi je dors bien ! Les duvets sont confortables ! Par contre dehors les nuits sont fraîches, bonnets, cagoules et gants étanches sont de sortie. Les gros gants étanches bleus ça occupe le stand by ; mettre le premier est rapide mais enfiler le second avec les gros doigts reste un moment de patience et de solitude !  

Direction le duvet après un bon lyophilisé et une compote pomme abricot lyophilisée en dessert, très bonne sans parti pris. Le régime ce sera comme pour tout le monde : après les fêtes !

A bientôt.

7:00 GMT

Position à 07:00 GMT :

59° 45' 9" S et 86° 59' 49" W
376,84 milles d'avance sur le détenteur Banque Populaire V
Distance parcourue depuis le départ : 18 958,4 milles
Distance parcourue sur 24 heures : 737,6 milles
Vitesse moyenne sur 24 heures : 30,7 nœuds
Hauteur de vague : 3,5 mètres
Température de l’eau : 4°C
Température de l’air : 4°C
Vent : 19,2 noeuds de Sud Sud-ouest

JOUR 29

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