Jour 32
23.12.15

14:15 GMT

BULLETIN Météo de Jean-Yves BERNOT

Les dépressions australes ne se font pas sentir beaucoup plus nord que 48 S .
Alors on chasse un petit front froid évanescent qui n'en finit pas de se désagréger.
Plus au nord on tentera le contournement d'un anticyclone migrateur permettant d'atteindre du vent au large de Sao Paulo.
C'est l'Atlantique austral par la face  nord. Jamais  simple.
Et bien sûr ça bouchonne par l'avant, comme d'habitude.
Tendu...

13:40 GMT

Replay émission Tout le Sport / France 3 - mardi 22 décembre

Curseur 0:28

11:30 GMT

Tricot argentin

Depuis que Spindrift 2 a franchi le troisième cap mythique de son tour du monde, les vents sont particulièrement instables en force et en direction. La situation météorologique sur l’Atlantique Sud est en effet complexe et volage : le trimaran noir et or va devoir s’adapter en permanence à des changements de rythme au moins jusqu’au cap Frio, à la hauteur de Rio de Janeiro…

Il va falloir broder ! Point de croix, point de bouclette, point d’œillet, point d’épine, point de feston, point avant, point de chaînette… Car après avoir débordé le cap Horn mardi à 9h 09’ (heure française), Yann Guichard, Dona Bertarelli et leurs douze équipiers ont certes pu souffler un peu et profiter de la beauté sauvage de la Terre de Feu, mais ont dû remettre sur le métier l’ouvrage. D’abord pour embouquer le détroit de Le Maire avec ses forts courants et ses petites brises contraires qui ont imposé plusieurs virements de bord pour laisser sur tribord l’île des États afin de retrouver un océan Atlantique ouvert.

Du travail sur le pont

Car une grosse cellule sans beaucoup de vent s’est installée sur la pointe de l’Amérique du Sud en se scindant en plusieurs bulles qui se propagent aléatoirement comme une eau gazeuse… Ainsi au large de l’archipel des Malouines (Falkland) paré ce mercredi matin, Spindrift 2 alterne les accélérations à plus de vingt nœuds et les coups de frein à dix nœuds ! L’objectif du jour est d’attraper un front en déliquescence au Nord de ces îles australes pour accrocher ensuite une dépression argentine au large du golfe de San Jorge : cette journée de mercredi s’annonce donc animée sur le pont pour avaler le plus vite possible ces 200 milles qui permettront ensuite de retrouver des moyennes plus conformes au potentiel du trimaran noir et or…

Mais si la veille de Noël devrait permettre à l’équipage d’aligner une bonne journée sur la route directe vers l’équateur, la suite semble plus obscure : de petites dépressions sans gradient et peu actives vont s’incruster sur la trajectoire de Spindrift 2 au large de Mar del Plata et de Porto Alegre. Il est donc très difficile de se projeter sur les trois jours à venir car Yann Guichard, Dona Bertarelli et leur équipage vont devoir tricoter entre ces systèmes météorologiques peu marqués, donc difficiles à cerner, passer d’un flux portant à une légère brise contraire, zigzaguer entre les zones de calmes, éviter les fronts orageux… Et ce jusqu’au Cabo Frio, à la latitude de Rio de Janerio, soit à un peu plus de 1 500 milles.

De fait, une grande partie de l’avance accumulée au cap Horn en temps (18h 11’) et en distance (530 milles) va progressivement fondre jusqu’au soleil des tropiques… C’est la capacité à profiter de chaque souffle d’air, à changer de cap selon les bulles, à rester concentré, à observer les contrastes nuageux qui va déterminer l’importance de l’hémorragie de milles jusqu’à agripper les alizés de l’anticyclone de Sainte-Hélène. L’équipage de Spindrift 2 anticipe qu’il va perdre du terrain ces deux prochains jours, mais n’en sait pas encore la valeur intrinsèque. Cela n’entame en rien les chances de battre le record du Trophée Jules Verne, mais ce réveillon de Noël s’annonce comme le plus sollicitant nerveusement pour les quatorze équipiers du trimaran noir et or.

Distances parcourues en 24h : depuis son départ de Ouessant le 22 novembre, Spindrift 2 a rarement aligné moins de 300 milles quotidiens, et paradoxalement c’est dans l’océan Pacifique qu’il a été le plus ralenti !​

Avance-retard sur le temps de référence : pour la première fois depuis la création du Trophée Jules Verne en 1993, un prétendant au record alterne depuis son départ jusqu’au cap Horn avances et retards au gré de conditions météorologiques très variées dans les mers du Sud.

 

09:15 GMT

VIDÉO - SPINDRIFT 2 AU CAP HORN 

08:30 GMT

Spindrift for schools - out of the classroom
par Dona Bertarelli 

Navigation ancestrale – Comment les Polynésiens ont colonisé le Pacifique

Lire l'article ici

07:45 GMT

SEBASTIEN AUDIGANE, LA NUIT AVANT LE CAP HORN 

59° 38 Sud 94°29 Ouest
960 milles dans l’Ouest du Cap Horn
T° eau 4°, T air à l’abri de la casquette 4°

Mardi 22 décembre, 2h24 TU

Une lueur rouge accompagnée de la voix de Loïc (Le Mignon) me sort des bras de Morphée.

Je m’extirpe de ma bannette, range mon duvet et enfile ma deuxième couche de vêtements, mes crocs et hop en route pour le placard à ciré, bottes, pantalon, prêt à monter sur le pont.

Le temps d’un petit café et d’une collation, je passe voir Yann (Guichard) à la table à cartes afin de connaître la tendance météo pour les quatre heures à venir et je rejoins mon binôme, Seb Marsset, sur le pont. 

Le bateau file entre 30 et 40 nœuds, la mer est désordonnée et de travers à notre route sauf dans les grains où le vent refuse et nous permet de naviguer à 35-40 nœuds.

Nous remplaçons Xavier (Revil) et Christophe (Espagnon) aux écoutes et à la veille radar pendant que Thierry (Duprey) et Jacques (Guichard) se relaieront à la barre.

Deux fois 48 minutes plus tard, je monte prendre la barre, la nuit vient de tomber sur l’océan Pacifique et Spindrift 2 fonce à plus de 35 nœuds.

J'ai l'impression de piloter une Formule 1, tous feux éteints, sans pare-brise, sur une route du Dakar, ou plutôt du Pôle Sud car, depuis ce soir, les grains sont neigeux. 

Ces machines sont magiques, lorsque vous arrivez à trouver le bon angle sur les vagues, les accélérations sont énormes.

Avec 27-28 nœuds de vent, on peut atteindre 38, 40, voire 42 nœuds si les vagues sont bien orientées et pas trop courtes. 

Un vrai bonheur, un gros kif... Il faut néanmoins rester très concentré et faire attention que la machine ne s’emballe pas.

Les sorties de route ne sont pas au programme, nous contrôlons complètement notre beau coursier.

Le Pacifique aura été comme l’Indien, compliqué et froid depuis trois jours. Nous naviguons dans les 60èmes et il fait très froid. C’est limite supportable, heureusement que nous sommes un peu protégés par la casquette du bateau.

Dans quelques heures, je passerai mon deuxième Cap Horn de l’année 2015 et le 5ème au total. 

À bord, pour tous, ce sera une vraie délivrance, une promesse de vents plus chauds et de victoire possible.

Sébastien Audigane

07:30 GMT

Position à 07:30 GMT :

51° 22’ 53’’ S et 62° 22’ 39" W
301.98 milles d'avance sur le détenteur Banque Populaire V
Distance parcourue depuis le départ : 20 023,5 milles
Distance parcourue sur 24 heures : 351.4 milles
Vitesse moyenne sur 24 heures : 14,6 nœuds
Hauteur de vague : 1,5 mètres
Température de l’eau : 9°C
Température de l’air : 7°C
Vent : 12 noeuds de Ouest Nord-ouest

JOUR 31

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