L'ILE DE SAINTE-HELENE
29.11.15

07:10 GMT

MAGAZINE . Sainte-Hélène, au cœur de l’anticyclone

Minuscule confetti sur l’océan Atlantique Sud, l’île de Sainte-Hélène est célèbre pour avoir été la dernière demeure de Napoléon 1er, mais aussi pour son anticyclone associé qui gère toute la climatologie de l’Afrique à l’Amérique du Sud. Portrait d’un pic volcanique qui culmine à 823 mètres…

Par 15° 56’ Sud et 5° 42’ Ouest, l’île de Sainte-Hélène qui ne s’étend que sur 122 km², a vraiment été trouvée par hasard ! À près de 2 000 kilomètres des côtes africaines et à plus de 3 500 kilomètres du Brésil, en plein cœur de hautes pressions qui génèrent calmes et brises volages, ce caillou désormais territoire d’outre-mer britannique, n’était en effet pas très visible à l’horizon, mais lors de la troisième expédition portugaise vers les Indes, le capitaine João da Nova découvrit d’abord l’île d’Ascension (1501) puis celle de Sainte-Hélène (21 mai 1502) au milieu de nulle part !

Abordant les rives sans abri de ce relief inhabité, il fit construire une chapelle et quelques maisons qui servirent de relais lors des voyages commerciaux entre l’Europe et l’Asie. La découverte de cette île isolée a contribué à orienter les routes maritimes car les Portugais y introduisirent des chèvres et y plantèrent des citrons : elle devint une escale technique pour se réapprovisionner en eau douce et pour renouveler les vivres fraîches, en particulier en agrumes qui grâce à leur concentration en vitamine C, permettaient de réduire les risques de scorbut, une maladie qui décimait les équipages de ces longs courriers.

Terre isolée, île d’exil

En 1588, Sir Thomas Cavendish est le premier Britannique à y poser le pied lors de son premier périple autour du monde, le troisième réalisé après celui de Fernando Magellan (1519-1522) et celui de Francis Drake (1577-1580). A bord de Desire, ce mercenaire corsaire suivait les traces de son prédécesseur en brûlant trois villes édifiées par les Espagnols et en capturant treize navires chargés d’or pour le compte d’Elisabeth d’Angleterre. La découverte de Sainte-Hélène par les Anglais permit à la flotte de Sa Majesté d’y faire escale pour attaquer les caravelles portugaises de retour de la route des Indes… En 1592, le roi Philippe II d’Espagne ordonna à sa flotte venant de Goa de ne plus faire le détour par Sainte-Hélène, ce qui laissa carte blanche aux Hollandais pour en prendre possession en 1633. Mais comme ils ne colonisèrent pas vraiment cette île, ils l’abandonnèrent au profit du Cap en Afrique du Sud.


 
La Compagnie anglaise des Indes Orientales décida de fortifier la place et d’y débarquer des cultivateurs en 1657 sous la gouvernance de Richard Cromwell, puis la flotte du capitaine John Dutton y aménagea des fortifications qui, lors de la restauration de la monarchie en 1660, prirent le nom de James Fort tandis que la ville attenante se nomma Jamestown. Et ce point stratégique devint le lieu de plusieurs combats puisque la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales en prit possession à Noël 1672, forçant le gouverneur Beale à faire route sur le Brésil pour s’échapper. Ce dernier en reprit le contrôle en mai 1673 et y installa une garnison de 250 soldats tandis que Charles II déclara l’île de Sainte-Hélène « partie de l’Angleterre, au même titre que Greenwich Est est inclus dans le Comté du Kent ! ». Ne se situant pas sur « l’autoroute des alizés », ce caillou volcanique resta quelque peu délaissé et en sus, fut terriblement ravagé par les chèvres qui dévastèrent les forêts et les cultures…

La fin d’un empire

Sainte-Hélène devint célèbre lorsque, après sa défaite à Waterloo le 18 juin 1815, Napoléon y fut exilé par les Britanniques. L’Empereur qui avait réussi à s’échapper de l’île d’Elbe, ne pouvait plus être en contact avec ses partisans, surtout que les Britanniques revendiquèrent à cette occasion, l’île « voisine » d’Ascension pour y installer une garnison navale… Décédé le 5 mai 1821 dans sa demeure de Longwood House, dans des conditions encore mystérieuses puisque l’hypothèse d’un empoisonnement reste en suspens, Bonaparte fut inhumé le 9 mai dans la vallée du Tombeau sous l’autorité du gouverneur sir Hudson Lowe. Le roi Louis-Philippe obtint la restitution des cendres qui furent rapatriées en France et conservées aux Invalides. Napoléon III acquit en 1858, la dernière demeure de son ancêtre et la vallée du Tombeau, gérées depuis par le Ministère français des Affaires Etrangères.


 
Le roi Zoulou Dinuzulu kaCetshwayo succéda à l’Empereur en y étant exilé pendant sept ans à partir de 1890. Puis lors de la Seconde Guerre des Boers (1899-1902), l’armée britannique transforma l’île en centre de détention où plus de 5 000 prisonniers Boers y furent déportés aux côtés du général Piet Cronjé. Sans réel port abrité, les 4 000 habitants sont toujours très isolés avec un seul navire britannique, RMS St Helena qui assure le courrier et l’approvisionnement régulier avec le port du Cap. Un aéroport est toutefois en cours de construction pour une ouverture programmé en 2016.

Le pendant des Açores

Mais en terme météorologique, Sainte-Hélène est renommée dans l’hémisphère Sud tout autant que les Açores le sont dans l’Atlantique Nord ! À cette île australe et à cet archipel septentrional, sont en effet associés des anticyclones, centres d’action de hautes pressions relativement stables toute l’année. Situés dans la zone intertropicale, leurs positionnements varient relativement peu selon les saisons mais fluctuent au fil des jours en fonction du passage des dépressions venues du Brésil qui les poussent, les compressent, les décalent, les scindent parfois en deux parties… Et si l’anticyclone des Açores est plus « volatile » que son pendant austral de Sainte-Hélène, cela est dû à la configuration du relief terrestre qui les entoure mais aussi à l’importance de la calotte glaciaire des pôles Nord et Sud.

Les différences de pression sont en effet à l’origine dues au contraste thermique qui marque le froid polaire et le chaud équatorial. Comme la Terre tourne sur elle-même, elle entraîne son atmosphère adjacente et ce mouvement, sous l’influence de la force de Coriolis (déviation d’une masse en mouvement vers la droite dans l’hémisphère Nord, vers la gauche dans l’hémisphère Sud), provoque un brassage des masses d’air chaudes et froides qui tendent à lisser la température du globe grâce à ces échanges thermiques entre dépressions et anticyclones.

Ainsi, l’anticyclone de Sainte-Hélène génère un régime d’alizés qui tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre autour de cette île volcanique qui en marque approximativement le centre. Ainsi le flux de Sud le long de l’Afrique (Namibie, Angola) s’oriente au Sud-Est dans le golfe de Guinée et sous le Pot au Noir, puis tourne au secteur Est du côté du Brésil pour devenir Nord-Ouest au niveau de l’île de Trinité et Ouest sur les 40èmes ! Cette vaste circulation imposait donc aux navigateurs venant d’Europe pour aller aux Indes (ou partant autour du monde), de contourner ces hautes pressions très largement par l’Ouest pour ne pas s’enferrer dans les calmes qui règnent en son centre…

La route des clippers

Forts de cette connaissance du régime général des vents, les navires commerçants du 19ème siècle utilisèrent les pilot-charts (cartes des vents moyens des océans à partir d’une compilation des livres de bord des voiliers), pour établir leur route à partir de l’Europe vers les Indes ou les îles des antipodes (Australie, Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie). La voie plus régulière était donc fonction des saisons, l’automne étant la meilleure période pour partir de l’Europe, accrocher les alizés portugais puis canariens afin de traverser le Pot au Noir entre le 25° et le 30°W, puis descendre le long des côtes du Brésil jusqu’au Cabo Frio (Rio de Janeiro) travers au vent jusqu’à se faire porter par une dépression argentine vers le cap de Bonne-Espérance…

C’est donc cette route optimisée grâce aux données météorologiques modernes (fichiers de vent, simulation numérique, images satellites…) que suit Spindrift 2 depuis son départ de Ouessant dimanche 22 novembre ! Mais sa vitesse de progression proche des 30 nœuds lui permet d’enchaîner les systèmes météo très rapidement : Yann Guichard et son équipage vont ainsi chercher à accrocher une dépression qui se forme au large de l’Uruguay dès ce week-end et qui va compresser l’anticyclone de Sainte-Hélène, ouvrant une voie royale vers le cap de Bonne-Espérance…