Out of the Classroom
L'Albatros, roi des océans

 

 

Par  Dona Bertarelli

Je tiens à remercier toutes les écoles partenaires, en France comme en Suisse, et les quelques 2'000 élèves qui nous suivent. Autant que possible, je vais répondre à vos nombreuses questions tout au long de ce voyage autour du monde, où l’on va ensemble, découvrir les merveilles de notre monde.
Avec tout l'équipage de Spindrift 2 et au fil de nos observations, de nos rencontres avec la faune marine mais pas seulement, les îles et péninsules qui croiseront notre route, les phénomènes climatiques, les oiseaux et les étoiles qui nous accompagneront tout le long de notre route, nous vous ferons vivre l’aventure tel Phileas Fogg dans le livre de Jules Verne. 

 

 

L'Albatros, roi des océans

Cela fait une semaine que nous naviguons dans les mers du Sud et pourtant, pas un seul albatros en vue. « étrange… », dit Seb (Audigane) alors que j’arrive sur le pont pour commencer mon quart. « Soit nous arrivons trop tôt pour les voir soit c’est la saison des amours et ils sont tous à terre, » poursuit-il. 

J’aime croire que les albatros sont les âmes des marins perdus en mer. À travers le temps et les récits, l’albatros est devenu le plus légendaire de tous les oiseaux.

C’est le plus grand des oiseaux vivants : il mesure de 2,5 à 3,5 mètres, (l’équivalent de 8 à 11, 15 pieds). Son envergure gigantesque lui permet de voler et de planer dans le ciel des heures durant, sans même avoir besoin de battre des ailes.

Même au milieu de la pire des tempêtes de mer, l’albatros paraît ne pas bouger. En vrai conquérant des mers déchaînées du Sud, son corps est en osmose avec le vent, et, les ailes tendues, il change de cap en fonction du souffle, planant tantôt vers la surface de la mer tantôt vers le ciel. C’est ce « vol plané dynamique » qui permet à l’albatros de glisser dans les airs sur des milliers de milles. À travers ses longs voyages, il ne bat des ailes que très rarement grâce à la force qu’il puise dans le vent et les vagues. En moyenne, un albatros âgé de 50 ans a volé 3,7 millions de milles au cours de sa vie.

« L’oiseau peut traverser un océan entier juste pour prendre son petit déjeuner. Il se pose à terre uniquement pour se reproduire. La terre est une nécessité gênante pour sa reproduction », a déclaré Carl Safina, auteur reconnu et primé, notamment au Prix MacArthur.

L’albatros passe deux ans à courtiser son âme-sœur qui deviendra le seul amour de sa vie. L’unique fruit de cette union, leur progéniture, a besoin de ses deux parents pour trouver suffisamment de nourriture. Et c’est un vrai défi !

Ils peuvent voler tous les deux plus de 10 000 milles pour récolter assez de poissons et de calamars, pour offrir un repas à leur petit en pleine croissance. Lorsque le jeune albatros quitte le nid vers 9 mois, il part seul en mer où il survit pendant cinq ans avant de revenir à l'endroit exact où il est né, afin de trouver, à son tour, son âme-sœur et de continuer ainsi le cycle de la vie.

Sir Peter Blake, le célèbre marin néo-zélandais, a confié : « Au début, quand je naviguais dans l’Antarctique, nous voyions des dizaines d'albatros chaque semaine. Aujourd’hui, c’est rare d’en voir n’en serait-ce qu’un. » 

Les hommes sont à l’origine de cette disparition. La pollution due au plastique présent dans la mer et les milliards d’hameçons des bateaux de pêche, réduisent la population d'albatros. L'UICN* a répertorié 22 espèces d'albatros et les a classé en fonction de leur statut, de « vulnérables » à « en voie d'extinction ».

« J’appartiens désormais au cercle fermé des hommes encore sur terre qui ont vu un albatros, » confie Robert Cushman Murphy, un ornithologue américain du 19ème siècle, à sa femme dans une lettre.

Moi aussi, j’aspire à voir un jour prochain, un albatros qui volerait aux côtés de Spindrift 2. Ça serait formidable ! 

Au cours de la dernière tentative de record du Trophée Jules Verne, Xavier (Revil) et Thierry (Duprey du Vorsent) ont chacun vu des albatros suivre leur bateau pendant des heures. Tom (Rouxel) explique que ces oiseaux jouent avec la vitesse et préfèrent s’amuser avec les multicoques plutôt que de rester derrière des bateaux plus lents.

Mon aventure dans les mers du Sud ne fait que commencer et je garde l’espoir de voir celui que j’appelle le ‘Roi des océans’ en action. 

Et alors que j’étais sur le point de poster l’article ci-dessus pour la série « Spindrift for Schools - Out of the Classroom » un jeune albatros, nous a fait l’honneur de sa visite.

D’abord timide, il nous a ensuite accordé sa confiance et s’est approché tout près du bateau, volant à notre vent, côte à côte, comme si nous étions son partenaire d’entraînement. Le temps s’est arrêté pour tout l'équipage de Spindrift 2 qui a assisté à ce spectacle à moins de deux mètres du bateau.

Quel privilège !

Si beau, si rare…

* Union internationale pour la conservation de la nature