Out of the classroom
L’appel de la mer

 

 

Par  Dona Bertarelli

Je tiens à remercier toutes les écoles partenaires, en France comme en Suisse, et les quelques 2'000 élèves qui nous suivent. Autant que possible, je vais répondre à vos nombreuses questions tout au long de ce voyage autour du monde, où l’on va ensemble, découvrir les merveilles de notre monde.
Avec tout l'équipage de Spindrift 2 et au fil de nos observations, de nos rencontres avec la faune marine mais pas seulement, les îles et péninsules qui croiseront notre route, les phénomènes climatiques, les oiseaux et les étoiles qui nous accompagneront tout le long de notre route, nous vous ferons vivre l’aventure tel Phileas Fogg dans le livre de Jules Verne. 

 

 

Alors que j’entrevois la fin de ce tour du monde de 29 000 milles (53 700 km), j’espère vous avoir transmis mon amour et ma passion pour la mer. J’ai beaucoup appris lors de cette tentative de record du Trophée Jules Verne et j’espère que les articles Out of the Classroom vous ont aussi fait découvrir quelques-unes des merveilles de l’océan.

J’ai réalisé que j’ai peut-être été, à certains moments, un peu directe ou répétitive concernant les difficultés que rencontrent l’océan et l’écosystème marin. Mais si j’ai agi de la sorte, c’est parce que je crois que nous avons tous un rôle à jouer en les préservant pour nos futures générations.

Ce chapitre final revisite ce que j’ai écris au cours des dernières semaines à travers mes articles Out of the Classroom. J’ai voulu d’une part, montrer la diversité, la beauté, les merveilles de notre monde, et d’autre part révéler combien cet environnement est délicat, précieux et dépendant de notre sollicitude.

Je l’ai nommé : L’appel de la mer.

Les gens qui vivent sur l’eau ou en bord de mer ont conscience de l’importance d’un environnement marin sain. A contrario, pour ceux qui ne vivent pas à proximité de l’océan, ce n’est pas si évident. Pour beaucoup d’autres, il n’est pas non plus criant que le sort de nos océans et la vie qu’ils contiennent aujourd’hui, dépendent considérablement des hommes.

Pourquoi les océans sont-ils si importants pour les hommes ?

Les océans couvrent 72% de la surface de la terre et contiennent un nombre important d’espèces dont beaucoup sont encore inconnues de la science. Ils produisent plus de la moitié de l'oxygène contenue dans notre atmosphère et absorbent de grandes quantités de dioxyde de carbone. Ce gaz capture la chaleur du soleil, et sauf s’il est contrôlé, augmente la température de la planète à des niveaux qui menacent la survie d'un grand nombre d'espèces, dont la plupart vivent avec une amplitude thermique relativement limitée.

Les océans filtrent également une grande partie de la pollution que nous générons et jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat de la Terre grâce à l’évaporation de l’eau, à sa condensation, et à la circulation des grands courants océaniques qui régulent la chaleur autour du globe. Aussi, les océans sont d’autant plus importants lorsque l’on pense à la nourriture qu’ils offrent. Plus de 250 millions de personnes dépendent directement ou indirectement de la pêche. Les océans représentent aussi une source importante de protéines pour près de 3 milliards de personnes à travers le monde. En bref, la santé des océans est intrinsèquement liée à la santé de la population mondiale.

Cependant, alors que les hommes ont exploité les ressources de la mer pendant des milliers d’années pour la nourriture, les minéraux, le pétrole et bien d'autres produits, la population mondiale a augmenté en comptant toujours plus sur toutes ces ressources. Ainsi, les océans de la planète subissent comme cela n’a jamais été le cas auparavant.

La pollution d’origine tellurique, l'immersion des déchets dans l'océan, la destruction des habitats côtiers, l’augmentation du transport maritime et, bien sûr, les changements climatiques font payer un lourd tribut à la santé des océans. En effet, près de la moitié des derniers récifs de coraux de la planète est menacée d'effondrement et 20% d’entre eux sont tellement endommagés qu'il est difficile de savoir s’ils pourront un jour être restaurés.

Cependant, parmi toutes les menaces qui pèsent sur la vie aquatique, la pêche industrielle reste la plus importante. Les grandes avancées technologiques du 20ème siècle nous ont permis de trouver, capturer, tuer des poissons et autres espèces marines dans des zones de l’océan encore inaccessibles il y a 50 ans. Aujourd’hui, tout a changé ; près de 80 millions de tonnes de poissons et d’invertébrés, sont extraits des océans chaque année, une quantité phénoménale qui peine à se renouveler.

Jusqu’à présent, on pensait que les hommes ne pouvaient pas être une menace pour les océans. Ces derniers étaient considérés comme trop grands, trop colossaux, trop abondants pour devenir la cible des activités des hommes. La vérité a fini par éclater. A moins de changer nos habitudes envers les océans de notre planète, nous serons témoins de leur perte. Ce serait tuer la poule aux œufs d’or quand on prend en compte ce que les océans ont apporté à notre planète et tout ce qu’ils sont encore capables d’offrir.

Aucune formule exacte ne nous permettra de résoudre tous les problèmes qui menacent la vie marine. Pourtant, les réserves marines – zones spéciales où la pêche et autres extractions sont interdites - figurent parmi les solutions qui s’offrent à nous. Alors que près des 3/4 de la surface de la Terre sont recouverts par l’eau, seule une petite partie est entièrement protégée.

Cette protection est essentielle si nous souhaitons conserver la biodiversité et restaurer la santé de l’environnement marin de la planète. Les réserves marines protègent moins de 2% des océans, bien moins que la protection de l’environnement terrestre. Bien que les parcs et les réserves naturelles ne soient pas la panacée pour l’intégralité des maux qui touchent les océans de ce monde, ils constituent une grande partie de la réponse que nous pouvons apporter.

Ma famille a contribué à créer la moitié des surfaces des réserves marines existant au monde à travers la Fondation Bertarelli et avec la collaboration de plusieurs partenaires dont le Pew Charitable Trust. Grâce à notre expérience acquise et grandissante, nous prévoyons de continuer encore et toujours nos actions.

Nous devons redoubler nos efforts pour aménager de grandes aires marines entièrement protégées, mais, nous aurions aussi et surtout besoin d'une  grande quantité de courage politique pour atteindre l'objectif mondial qui vise à protéger 30 % de nos océans.

La France dispose du deuxième domaine maritime mondial. Ainsi, après l'annonce de la création des Kermadec, un sanctuaire en Nouvelle-Zélande, et de la réserve marine autour l'île de Pâques au large du Chili, l'annonce faite par le gouvernement français lors de la COP21 à Paris vient à point nommé. Il s’agit de la création d’une réserve marine hautement protégée d’environ 550 000 km2 qui vise à la protection des Terres australes et antarctiques françaises. Cette superficie est légèrement plus grande que celle de la France métropolitaine. Si cette réserve marine voyait le jour dans l’Océan Indien, elle serait la cinquième plus grande zone marine hautement protégée dans le monde et le premier grand sanctuaire marin dans les eaux françaises. Cette aire marine établirait aussi un site de référence en matière de conservation dans cette région du monde isolée et préservée. La nouvelle réserve engloberait 5 % des eaux françaises et représenterait une avancée majeure en vue d’atteindre les objectifs mondiaux de conservation des océans.

Les réserves marines visent à protéger les habitats marins et leurs écosystèmes : elles augmenteront la production de poissons, constitueront un laboratoire vivant pour la science et l’éducation, et participeront à développer le tourisme. Alors que les conséquences du réchauffement planétaire seront vastes, les réserves marines fourniront un niveau de protection supplémentaire pour aider ces endroits et la vie qu’ils contiennent, à s’adapter et à survivre.

Les hommes ont puisé dans les océans pendant des milliers d’années pour se nourrir, se soigner, travailler, et pour beaucoup plus encore ; c’est maintenant au tour des océans de compter sur nous pour assurer leur survie au cours des prochaines années. La vie des hommes est intrinsèquement liée à la mer. Il faudra assumer toutes les conséquences de notre éventuel silence et inaction. Les océans nous appellent à leurs aide. Nous devons répondre.